Aux portes de la Liberté
J’aurais fait plusieurs aller-retour, déposé deux fois mon dossier, fait le pied de grue pendant des heures, refusant obstinément toute aide, tout intervention qui, me connaissant, m’aurait gâché le plaisir de réussir …et me voilà enfin arrivée à mon but. Un but qui prend la forme d’une grande table entourée de plusieurs bureaux, équipés d’ordinateurs.
Je passe en revue la presse nationale, une vingtaine de journaux que je passe au peigne fin par souci de perfection. Je ne sais pas ce que je cherche, je me fixe l’objectif d’être incollable sur l’actualité de ce samedi 7 juillet. Autours de moi, mes pairs font pareil et ça me suffit, j’aurais été tout aussi fière si nous nous afférions à balayer !
J’essaie de me concentrer, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ces personnes, bien qu’étrangères font mon quotidien. Le reportage d’un tel m’a ému, les articles d’une autre font partie de mon dossier de presse, j’admire le style de celui-là ou je suis fan des chroniques de ce dernier. Ils font mon quotidien, mais il est difficile de mettre un visage sur des initiales, des pseudos ou même des noms. Je me demande "qui est qui". Je dresse l’oreille pour détecter un nom au passage, j’essaie de retrouver les noms et prénoms cachés derrière des initiales. Je dois me concentrer et je n’ose regarder personne en face de peur que mon interrogation se lise sur mes yeux et que mon regard se fasse trop insistant.
Je confonds les ministres et les walis, ce qui s’est passé au coin de la rue et à l’autre bout du monde, j’ai fait trop d’efforts pour emmagasiner trop d’informations en quelques heures. Je commence ces quelques phrases sur un carnet. Mes doigts sont entachés de noirceur et j’aime ça ! Je fais une pause et m’autorise à observer autours de moi. La symphonie que pianote chacun sur son clavier d’ordinateur me fait réaliser que je suis bien dans une salle de rédaction et de surcroît, celle d’un illustre journal. C’est cliché, mais rassurant.
Un sourire ravis s’attarde sur mes lèvres. Je croise des regards bienveillants, des coups d’oeil pressés et des sourires réconfortants. On m’interroge, je bafouille. Pas rougir, regarder les gens en face, avoir confiance ! Je confonds ces noms que je me suis appliqué à mémoriser, je raconte une énième fois ce qui me ramène ici, du haut de mes vingt printemps. Je reprends confiance, on me met à l’aise.
Il est quinze heures, à présent, je saisis ces quelques paragraphes dans le bureau du responsable régional. J’ai peur que tout cela m’échappe. J’avais naïvement demandé si je pouvais utiliser un des postes inoccupés, il a proposé le sien. Je l’avais rencontré la seconde fois, oû je m’étais présenté, il dit apprécier ma vision des choses. La chaleur, encore torride ne me gène plus, je souris au passants qui me bousculent, la mauvaise circulation ne m’agace pas plus que ça et les klaxons sonnent comme une hymne à mes oreilles. Ça doit être ça, le bonheur. (oui, moi aussi je me sens bête à cet instant, mais honnête!)
Deuxième jour. Peu de journalistes sont présents avant dix heures, je trépigne d’impatience. Je ne sais pas ce que j’attends, ni qui j’attends. Je déteste poireauter inactive !
Je l’ignore encore, mais celui qui me tend ma première dépêche est responsable d’une rubrique que j’affectionne particulièrement. Il m’explique ce que j’ai passé la semaine à réviser, je me rends compte qu’il y a toujours davantage à apprendre. Il me donne des instructions.
Je ne sais pas à quoi je m’attendais ! Je voulais peut-être attaquer par compliquer les choses, faire des recherches, développer le sujet, vérifier des informations ou les compléter…j’ai dû trop lire de bouquins sur le journalisme ! Il faut bien commencer quelque part. J’appréhende le moment de remettre ma première…mouture ! Je scrute son visage pendant sa lecture pour essayer de deviner son impression. Mon cœur bondit à chaque rature. J’ai peur de la faute d’orthographe, d’inattention ou de structure. Il me rassure d’un large sourire, je comprends que j’ai droit à l’erreur et que je suis là pour apprendre. C’est bon.
Lundi. Je voudrais figer cet instant fugitif pendant lequel je serre la main de cet homme dont le visage me dit vaguement quelque chose, histoire d’en avoir le cœur net. Il est déjà loin, je reprends ma lecture, l’esprit absorbé par ce doute. Je n’ose pas l’aborder. J’entends quelqu’un l’appeler dans un bureau voisin et dans ma tête, ça fait tilt ! Bon sang, c’est lui que je lis en ce moment! Je commence chaque jour le journal par sa chronique ! Je l’interpelle instinctivement et lui témoigne mon admiration comme une groupie ! Ça a l’air de le mettre mal à l’aise, il me répond d’un sourire gêné !
Mardi. Je travail sur une lettre ouverte. Au bout de trois versions, je prends mon courage à deux mains et montre enfin mon papier. Apres quelques directives, je replonge dans le chantier trop près des habitats, les coupures de courant et le ras-le bol des habitants. Une dernière suggestion, je rentre à la maison.
Je me suis levé à cinq heures du matin, parce que, crevée de fatigue, je n’ai plus écrit un mot de la soirée. Je saisis le papier, le relis à ne plus en finir. Je me mets tour à tour à la place de ces habitants qui attendent de voir leur histoire relayée dans la presse, à celle des anonymes que celle-ci doit intéresser, à mes proches qui doivent aimer mon style et surtout à faire en sorte de ne pas me reprocher plus tard de n’avoir pas fait « assez bien ».
La fin de cette journée de mercredi 11 juillet, je sais que demain paraîtra mon premier article.
J’ai fait la grâce matinée ce week-end, un repos bien mérité ! À mon réveille, je constate que mes parents se sont occupé de mettre tout le monde au courant et qu’ils ont acheté beaucoup trop d’exemplaires ! Je me lis sur un tabloïde pour la première fois….dès les premières lignes, je m’emporte ! J’aurais pu faire mieux !
Les dix jours se prolongeront et les semaines se succéderont ainsi, entre papiers et discussions animées, dépêches et éclats de rire, revue de presse et conseils avisés. L’ambiance est des plus agréable.
Je bois les moindres paroles de chacun, je suis consciente de la valeur de chaque instant. A présent, à mon aise, je ne me prive pas de poser un flot de questions à toute oreille attentive. J’apprends les rouages du métier, les spécificités de la presse algérienne, les perspectives d’avenir, les dangers à esquiver, les erreurs à éviter et les efforts qui me reste à fournir. De ces quelques semaines de stage pratique, c’est sans doute ce qui me sera le plus utile et ce que j’ai aimé par-dessus tout.
Il y a encore quelques mois, je lisais ce canard dont le titre et la devise résument à eux seules l’essence de cette passion qui m’anime depuis ma plus tendre enfance, en me disant qu’un jour, j’y signerai un article. Aujourd’hui, je discute avec ces mêmes personnes dont j’analysais le style, mes écrits sont corrigés par ceux dont j’admirais le talent d’observation et je suis encouragée et épaulée par ceux-là même dont j’ai aimé la plume incisive.
S.N
Ma vocation: http://www.e-monsite.com/black-baccara/rubrique-1066272.html
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4. S.N Le 11/12/2007 à 22:41
3. Lamia Le 11/12/2007 à 10:07
2. Sofiane Le 10/12/2007 à 17:34
1. Tata Nacèra Le 10/08/2007 à 02:34