La réglementation de la profession de journaliste est en cours en Algérie, avec un nouveau projet de loi actuellement à l'étude par les juristes et les professionnels des médias. Les rédacteurs en chef et les journalistes ont jusqu'au 9 décembre pour présenter leurs commentaires et leurs suggestions.
Par Mohand Ouali pour Magharebia à Alger – 02/12/07
[Getty Images] Des journalistes algériens interviewent le chef du RCD, Said Sadi. |
Un projet de loi visant à réglementer la profession de journaliste en Algérie est en train d'être finalisé et a été présenté pour un débat entre professionnels. Lors d'une réunion organisée le 21 novembre sur le budget 2008, le Ministre de la Communication Rachid Boukerzaza a indiqué que ce projet de loi avait été présenté à plus de cent professionnels des médias pour examen.
Néanmoins, la plupart des journalistes sont peu au fait de cette nouvelle proposition de loi, en dépit du fait qu'elle les concerne et aura une incidence sur leur avenir professionnel et social. Un seul journal a parlé de ce projet de loi.
"Le responsable de la publication nous en a simplement présenté les grandes lignes", a déclaré le journaliste Amar R., "mais il n'y a eu aucun débat."
"Nous n'avons pas vu cette loi, et peu de journalistes sont vraiment intéressés", a déclaré Amar. "Ils sont plus intéressés par la poursuite de leur travail. Dans des journaux privés comme le nôtre, les syndicats ne sont que faiblement représentés."
Amina D., qui travaille pour un quotidien arabophone, affirme: "Nous n'avons rien vu. Nous avons demandé à notre patron si nous pouvions voir ce projet de loi, mais depuis, c'est le silence. Il évite même les bureaux de la rédaction, pour ne pas avoir à répondre à des questions."
M. Boukerzaza a déclaré lors de cette réunion qu'il s'était attaché à impliquer les salles de rédaction, dans la mesure où elles seraient directement concernées par cette loi, et a ajouté que ce projet de loi était à l'étude avant même qu'il soit nommé à son poste. "Je n'en fais pas le secret; c'est moi qui avait décidé de bloquer ce projet de loi lorsque j'étais au secrétariat du gouvernement. Je voulais d'abord avoir l'avis des journalistes", a-t-il indiqué.
Un certain nombre de journalistes ont suggéré que le ministre mette ce projet de loi en ligne pour en faciliter le débat. M. Boukerzaza a réagi positivement à cette idée, mais aucun accord n'a encore été passé.
Il a également ajouté qu'à la fin des consultations initiales, un groupe de travail serait mis en place pour apporter la touche finale à ce projet de loi avant de le présenter au gouvernement.
Le projet de loi initial précise que la liberté de la presse est un atout qui ne peut être retiré une fois accordé et qu'il "ne peut se concevoir à moins de disposer d'une presse professionnelle et responsable qui respecte les considérations ethiques universellement reconnues", avec "des conditions de travail adéquates" comme condition de départ essentiel. Cela implique nécessairement "la création d'un code professionnel spécifique, définissant les droits et les responsabilités des journalistes et de leurs employeurs".
Les auteurs de ce projet de loi ont parlé du pouvoir que les rédacteurs ont sur les journalistes du fait de l'insécurité du travail, du manque de couverture sociale et personnelle, de l'absence de formation, des bas salaires et de l'instabilité de la profession, et expliqué que "le manque de loi spécifique applicable à la profession est l'une des principales causes de la désorganisation que nous connaissons actuellement."
Ce projet de loi comporte huit chapitres sur les relations de travail entre les journalistes et les agences de presse, basées sur un contrat écrit protégeant de "l'utilisation arbitraire du pouvoir et des pressions des groupes d'intérêt". Ce contrat permettra de réglementer la durée de l'emploi, l'affectation des heures, les heures supplémentaires, le travail de nuit et le travail en équipes, les congés, la formation et d'autres questions relatives à la nature spécifique de cette profession. Les clauses de conscience, la liberté d'affiliation politique et syndicale, les droits d'auteur et l'assurance spéciale obligatoire pour des missions à haut risque sont également garantis.
Le ministre a fixé au 8 décembre la date limite de dépôt des commentaires et des propositions de la part des organes de presse.
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