
B.Patino, E.Fottorino, P.Jeantet /©SIPA
À la suite d’un conseil de surveillance conflictuel, la démission en bloc des trois membres du directoire du Monde plonge le quotidien dans une crise sans précédent. Pierre Jeantet (président du directoire), Bruno Patino (vice-président) et Eric Fottorino (directeur du Monde ) ont quitté la séance en remettant leur démission après que la société des rédacteurs a refusé d’approuver le budget 2007. Cette démission prendra effet au 4 janvier à minuit. Dans un communiqué publié hier soir, les sociétés de personnel du groupe* se déclarent "surprises" et "regrettent cette décision".
Outre le débat sur la recapitalisation (inenvisageable pour les sociétés de personnel), le différend porte sur la filiale Internet, Le Monde interactif, qui selon la SRM (actionnaire de poids) ne contribue pas assez aux efforts du groupe. Un défaut d’équité d’autant plus insupportable pour la SRM que la situation financière du groupe est extrêmement tendue (les pertes de l’année 2007 devraient dépasser les 10 millions d’euros) au point qu’il se murmure depuis des semaines qu’un plan social pourrait tailler dans les 1 600 emplois du groupe Le Monde.
Des tensions avec la filiale Internet
La filiale Internet est devenue un enjeu pour plusieurs raisons. D’abord, selon les souhaits de Jean-Marie Colombani, le précédent patron, le site Internet du Monde a développé une vie autonome par rapport à l’édition papier. Si bien qu’une sourde rivalité a peu à peu fait jour entre les journalistes du papier et ceux du Web, les premiers estimant que leurs articles ne sont pas assez mis en valeur sur le site du Monde . Antagonisme renforcé par le fait que la filiale interactive ne loge pas dans les mêmes locaux que la maison-mère. La SRM fait d’ailleurs remarquer que le loyer de sa filiale s’élève à 600 000 euros. Une économie de coût de structure par le biais d’un rapatriement au siège lui parait une priorité par les temps qui courent...
Jean-Miche Dumay, le président de la SRM, a rappelé les efforts que Le Monde a consentis pendant de nombreuses années afin que le Web prenne son envol (notamment, une avance de 9 millions d’euros qui n’a été, à ce jour, remboursée qu’à hauteur de 800 000 euros).
Lagardère indirectement visé
Moyennant quoi, Le Monde interactif dégage des bénéfices, lesquels sont ponctionnés à hauteur de 34 % par le groupe Lagardère, partenaire du Monde et ami du journal. Le groupe d’Arnaud Lagardère est indirectement visé par les récriminations de la société des rédacteurs du Monde. Son poids sur les maigres bénéfices du journal est vécu avec amertume.
Au fond, Jean-Michel Dumay et ses amis de la SRM continuent gaillardement leur oeuvre de "décolombanisation" du journal. Toute la stratégie d’alliances industrielles et d’acquisitions tous azimuts, tricotée sous le règne de Jean-Marie Colombani, est systématiquement mise en pièces par les représentants des journalistes du quotidien du soir.
À cette heure, Le Monde est donc privé de sa direction, sa stratégie rejetée par la base (laquelle tire son pouvoir d’un droit de veto). Alain Minc, président temporaire du conseil de surveillance (sa sortie est prévue pour fin mars), est trop affaibli pour reprendre les choses en main. Entre le chaos et la recomposition expresse d’une équipe dirigeante, les salariés et les actionnaires du Monde ne connaîtront pas de trêve des confiseurs.
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