L’économie de marché, appliquée sous nos cieux à la hussarde, induisant notamment la fermeture de quelque 1 500 entreprises et la mise au chômage d’un demi-million de travailleurs, en plus d’une baisse drastique du pouvoir d’achat, s’est également accompagnée par la perte (ne serait-ce qu’en partie) de certains acquis sociaux censés être immuables, car protégés par voie constitutionnelle.
Il en va ainsi, notamment, pour la malnutrition ainsi que les études primaires, sachant que la santé doit, elle aussi, être dans une situation déplorable avec la hausse vertigineuse des prix des médicaments, dont beaucoup ne sont même pas remboursables, ainsi que l’obligation faite aux citoyens de s’acquitter à l’avance des frais d’hospitalisation au moment où beaucoup d’entre eux ne trouvent même pas assez d’argent pour s’assurer du pain et du lait quotidien.
Un document portant sur le suivi de la situation des femmes et des enfants en Algérie, établi de concert par l’ONS et le ministère de la Santé, révèle des données pour le moins inquiétantes. Non encore rendu public, ce document révèle, par exemple, que " le taux d’analphabétisme au sein de la population âgée de 10 ans et plus est de 24 % ".
Un taux trop élevé pour qui sait, comme le rappelle au reste ce document, que l’enseignement est (supposé être) gratuit, étant même obligatoire durant les premiers cycles ". Pas moins de 21,4 % des citoyens n’ont jamais été à l’école. L’analphabétisme est de 16,5% chez les hommes et pratiquement le double (31,6%) chez les femmes.
Ces taux, en milieu urbain, ont tendance à baisser pour atteindre 12,4 % chez les hommes et 24,1 % chez les femmes. En revanche, le milieu rural permet de toucher des pics de 41,3 % chez les femmes. Entendre par là, puisqu’il faut bien faire parler les chiffres, sinon ils n’auraient aucune valeur, que la moitié des femmes algériennes vivant en campagne ne savent ni lire ni écrire.
Cela est tellement dramatique, il faut bien le dire, que ces données viennent mettre en évidence la régression flagrante en matière d’alphabétisation depuis que l’Algérie a opté pour l’économie de marché.
Les pouvoirs publics, il faut le dire aussi, se donnent bonne conscience en indiquant que l’éducation demeure gratuite à tous les paliers, et même obligatoire pour le primaire et le moyen.
Or, les frais d’inscriptions aux études, ainsi qu’aux examens, sont devenus pour le moins prohibitifs pour qui connaît le pouvoir d’achat des Algériens ainsi que les hausses régulières que ces charges ont connu durant ces dernières années.
S’il fallait une preuve supplémentaire à ce constat amer, il suffirait juste de rappeler les autres chiffres alarmants donnés cette semaine par le Forem à propos de la malnutrition grave qui touche un demi-million d’enfants en Algérie.
Cela, en plus d’un système de santé de plus en plus défaillant, car de plus en plus cher et payant. Globalement parlant, le Forem met en évidence un taux de malnutrition de près de 18 % chez les enfants de moins de 5 ans.
Ce pourcentage se répartit comme suit : une prévalence de l’insuffisance pondérale (insuffisance de poids) de 3,7 % (106 000 enfants), dont 0,6 de forme sévère, une prévalence du retard de croissance de 11,3 (322 000 enfants), dont 3% de forme sévère, une prévalence de l’insuffisance struro-pondérale de 2,9 % (83 000 enfants, dont 0,56 de forme sévère.
Elle traduit une perte de poids récente et importante). Les disparités régionales connaissent un écart important avec un pourcentage de ménages consommant un sel suffisamment iodé à 3,7% à M’sila et à 6,3 à Jijel contre 94% à Alger !
Le rachitisme par carence en vitamine D, personne n’en parle, indique la Forem, il concerne 10,2% des enfants de moins de 5 ans en 1987. A-t-il disparu sous les coups de boutoir de la systématisation de la prise de vitamine D, s’interroge encore la Forem.
L’avitaminose A est également oubliée dans ce bilan bien que de nombreuses observations cliniques la signalent au même titre que l’avitaminose.
Dans son rapport, la Forem constate que la différence entre sexes n’apparaît pas sur le plan nutritionnel, mais la malnutrition paraît plus marquée au cours de la troisième année de la vie, surtout dans les régions rurales où beaucoup sont plus touchés que les zones rurales.
De même que les taux observés dans les régions du sud du pays sont deux à trois fois plus élevés qu’ailleurs. Ces données, selon la Forem, confirment celles mises en évidence par l’enquête de 2000.
Les pouvoirs publics feraient bien de se pencher sur ces questions, avant que les choses ne s’aggravent plus encore. Belaïd Abdesselam, dans une récente rencontre que nous avions eue avec lui, nous avait raconté que le défunt Boumediène insistait énormément sur la nécessité de construire des écoles et des cantines partout en Algérie, y compris dans les coins et recoins les plus reculés d’Algérie.
A ceux qui lui reprochaient cette politique " trop coûteuse pour le pays ", il répondait toujours que cela lui permettait d’être sûr que tous les enfants d’Algérie apprendront à lire et à écrire, et bénéficieront au moins d’un repas complet et bon une fois par jour. C’est peu, mais c’est essentiel.
Wassim Benrabah
Source : Le Courrier d'Algérie
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