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Le centre de presse d’El Moudjahid a organisé, hier, une table ronde consacrée à la violence, notamment la violence conjugale et celle pratiquée sur les mineurs. La question posé était de savoir quelle est la pertinence des textes juridiques existants, code de la famille, code pénal et de procédure pénale, conventions internationales pour assurer les catégories concernées contre tous les types de violence ? Quelle place accorder à la culture et à l’éducation, à la coutume dans de telles situations ?
Autour de cette table ronde, étaient réunis la commissaire principale, Mme Messaoudène Kheïra, représentant de la DGSN, maître Azzi Mérouane, avocat, responsable de la cellule réconciliation nationale, M. Mekki Abdelhak, directeur exécutif de la FOREM et membre du conseil de l’Observatoire des droits de l’enfant. Le premier à intervenir fut maître Azzi Mérouane, soulignant que les sujets de préoccupations développés lors de la table ronde étaient des problèmes de l’heure.
Une violence qui peut prendre plusieurs formes
Il s’agit d’un type de violence qui, à l’intérieur de la cellule familiale, peut prendre différentes formes et concerne plusieurs sujets. L’orateur relève que les textes juridiques, notamment le code de la famille, mais aussi le code pénal, modifiés, ont relativement freiné la dégradation de la situation en raison même de leur caractère coercitif. Maître Azzi Mérouane cite à cet effet une des dispositions du code de la famille modifié qui fait obligation au mari, en situation de divorce, d’assurer à son ex-femme et les enfants issus du mariage un toit.
En cas de remariage de la femme, la garde des enfants revient au mari. Le code de la famille, relève maître Azzi Mérouane, assure à la protection des enfants la priorité dans ses dispositions. Quel rôle joue le code de la famille à l’égard de la violence ? L’orateur relève à ce sujet que le code de la famille s’intéresse à la cellule familiale, dont le rôle social est d’une grande importance. C’est cette cellule familiale qui peut être au centre de conflits majeurs. L’enfant versera dans la violence si les relations à l’intérieur de la cellule familiale sont dégradées et que la violence y prédomine.
Il cite le cas d’enfants de très jeune âge qui sont devenus des criminels. Les textes juridiques à eux seuls ne peuvent freiner de telles dérives, dont la solution appartient à un ensemble de mesures sur le plan économique, social et culturel.
Un rôle essentiel
pour la religion et l’école
On ne peut oublier le rôle essentiel que peut jouer l’école, de la religion pour lutter contre ces dérives tout à fait dangereuses pour l’évolution du tissu social.
Intervenant à son tour, Mme Messaoudène Kheïra relève que l’OMS qualifie la violence comme un problème de santé publique. On peut même la voir comme une forme d’acte criminel. La violence, la violence conjugale et contre les mineurs notamment, ont toujours existé, note la représentante de la DGSN, alors que la dernière décennie, qui a si tragiquement exposé notre pays à la violence terroriste a, par le fait d’amalgames douteux, assuré le lien entre l’Algérien et la violence.
Concernant la violence conjugale et la violence sur les mineurs, l’oratrice note que ces phénomènes sont à l’échelle du monde. Ce qui distinguera les pays développés du reste des pays en voie de développement, c’est que les pays riches ont développé des structures d’accueil. Dans nos pays, la femme est sujette à la violence et la décennie noire en fait la démonstration notamment chez les femmes victimes de viols de la part des groupes terroristes, celles-ci sont rejetées très souvent. Aujourd’hui, les structures d’accueil sont très insuffisantes.
Une violence présente
partout
La violence, relève la commissaire principale, est présente partout et notamment dans les grands centres urbains. Les chiffres sont particulièrement alarmants dans ces derniers. La violence contre les femmes n’est pas le seul fait de la famille, voire du couple. Cette violence peut s’exercer sur les lieux de travail, sur la voie publique. Mais la cellule familiale, c’est vrai, occupe un large espace dans ce type de violence. Elle peut être le fait de l’époux, mais aussi du frère à l’égard de ses sœurs, de ses parents. Elle peut être le fruit de relations illégitimes.
Mme Messaoudène Kheïra relève que la violence sur ascendants est relativement nouvelle dans notre pays, sur les personnes âgées aussi. Le harcèlement sexuel est aussi une forme de violence aujourd’hui, vue à la hausse. Concernant les enfants, ils sont des victimes de cette violence qui peut prendre plusieurs formes : abus sexuels, rapts, autres formes de violence.
A propos de rapts et d’enlèvements, la représentante de la DGSN en appelle à une plus grande vigilance de la part des parents, car ce sont des phénomènes qui commencent à apparaître dans notre pays. Le plus souvent, les auteurs de rapts, d’enlèvements, d’abus sexuels sur les enfants sont des personnes qui ne sont pas inconnues de l’enfant ou de son entourage. Derrière ces pratiques, c’est la situation de l’enfant à un temps «T» qui peut prédisposer à l’acte criminel contre cet enfant. Son isolement dans la rue, sa présence dans celle-ci à des heures tardives ou très matinales sans surveillance, le chemin de l’école sans accompagnement.
La responsabilité parentale est très grande
La responsabilité des parents est très grande, fait remarquer la commissaire principale, Mme Messaoudène Kheïra. Les actes criminels se font ou se commettent généralement en l’absence de témoins. La passivité des gens, la non implication de la société ont été des formes d’encouragement de cette criminalité qui s’exerce contre l’enfant.
Nul n’en est à l’abri, il faut le savoir, rappelle la représentante de la DGSN. Sans l’implication citoyenne, on ne peut rien faire, car le manque de civisme, la passivité encore une fois ont contribué à l’aggravation de la situation. La communication joue un rôle essentiel à cet effet. Il est important de sensibiliser les familles autour des problèmes de nouvelle nature que connaît notre pays.
La commissaire principale note que chaque fois que les citoyens se sont opposés à une tentative de violence ou d’acte criminel, les agresseurs ont échoué dans leurs tentatives. Elle cite un certain nombre de cas qui illustrent fortement son argumentaire, relevant pour l’occasion que l’on assiste à présent à des jeunes en bas âge qui s’agressent mutuellement jusqu’à arriver au crime.
En 2006, près de 57.000 enfants ont été victimes de violence, près de 5.000 en 2007.
Des proportions inquiétantes
Les proportions de cette violence restent sur le plan statistique assez inquiétantes concernant les femmes victimes de violences physiques, les violences à l’intérieur de la cellule familiale, les violences au sein du couple. Le phénomène est devenu un phénomène de société, fait remarquer M. Mekki Abdelhak, directeur exécutif de la FOREM et membre du conseil de l’Observatoire des droits de l’enfant. L’orateur en appelle à une implication de la société civile et une action de sensibilisation menée par les pouvoirs publics. Pour M. Mekki Abdelhak, le phénomène de la violence contre les enfants est bien plus complexe que celui qui concerne les femmes et à travers des pratiques que l’on soupçonne à peine en tant qu’éléments de violence.
Pour le représentant de la FOREM et de l’Observatoire des droits de l’enfant, plus on va vers le sud du pays, moins la violence est manifeste.
Des différences
de situation entre régions
Plus on va vers le nord, cette violence augmente. Pour l’orateur, il y a de multiples explications à cela et notamment le fait que le mode de vie dans la ville impose des comportements de non-acceptation de l’autre. Les pourcentages de cette violence sont de 0,3% à Tamanrasset. Ils sont également de 0,3% à Adrar, mais 10,9% à Alger, 3,8% à Oran. Ce sont là des chiffres qui montrent que pour l’heure, il s’agit surtout d’un phénomène urbain. Il reste encore de très faibles proportions en milieu rural. La modification du tissu social, la situation géographique d’une ville peuvent être des éléments qui concourent à la montée de la violence. L’orateur cite le cas de certaines villes qui sont devenues de véritables plaques tournantes en matière de trafic de drogue et qui voient augmenter, en leur sein, une certaine forme de violence. Elle est de l’ordre de 51% dans certaines d’entre elles, de 34% dans les lieux publics et 2% dans des lieux de travail. Le représentant de la FOREM relève que plus les niveaux d’instruction sont élevés, plus la pratique de la violence diminue. Plus le stress devient grand, plus la volonté d’empêcher l’autre de s’expliquer augmente.
L’orateur évoque les types de violence relevant de l’agression à caractère sexuel et la violence dite individuelle. Il y a aussi la violence verbale et la violence de nature économique. 49% des agresseurs sont sans profession, note l’orateur. La violence de nature économique conduit, selon M. Mekki Abdelhak, à des situations de rupture.
Prise de conscience réelle
La prise de conscience de ces phénomènes est aujourd’hui bien réelle. Le représentant de la FOREM et de l’Observatoire des droits de l’enfant relève que la FOREM a créé un centre d’orientation pour femmes à Tiaret grâce à une aide de l’Union européenne. Le centre a permis de recueillir des femmes victimes de violence durant la période où a sévi le terrorisme dans notre pays. A travers leur rejet avant qu’elles ne soient accueillies au centre de Tiaret, ces femmes subissaient une autre forme de violence. Les formes de violence contre les femmes sont incalculables par certains côtés. Elles peuvent être verbales, psychologiques. Pour l’orateur, la violence terroriste des années 90 a un peu banalisé la violence que l’on peut qualifier d’ordinaire habituellement. La relative tranquillité vécue jusque-là a été rompue en 1990.
Il est nécessaire de créer des structures de prise en charge et de les multiplier. En ce qui concerne les enfants, un Observatoire des droits de l’enfant a été ouvert. Il permet de faire des recherches
et des études sur l’enfance, la préservation de ses droits. L’Algérie, rappelle l’orateur, a ratifié la convention internationale pour les droits de l’enfance en émettant néanmoins certaines réserves. La violence sur l’enfant s’exerce au sein de la famille, dans la rue et à l’école, sur les lieux de travail qui utilisent les services d’enfants. Les enfants sont particulièrement vulnérables à la violence. Ils sont exposés à tous les phénomènes sociaux, note M. Mekki Abdelhak, pour qui tout ce qui n’est pas conforme aux conventions internationales sur l’enfant relève d’une forme d’agression contre l’enfance.
La violence institutionnelle en hausse
Pour l’orateur, il n’était pas nécessaire pour l’Algérie de faire une loi spéciale dans la mesure où la Constitution algérienne reconnaît la primauté de la loi internationale sur la loi nationale.
Le projet de loi sur l’enfance est en discussion. Le représentant de la FOREM et de l’Observatoire des droits de l’enfant a rappelé la violence dite institutionnelle qui affecte les enfants et notamment à l’école où des cas de plus en plus nombreux sont signalés d’enseignants qui agressent les enfants et des agressions entre enfants même.
L’orateur formule le vœu que soient revues les méthodes de recrutement des enseignants où l’on devrait se pencher bien plus sur les comportements et la psychologie du candidat.
Pour M. Mekki Abdelhak, nous vivons dans un monde devenu un village. Les nouvelles technologies de l’information, l’internet montrent comment vivent les enfants dans le monde. Celui-ci montre combien sont grandes les évolutions.
La responsabilité des Etats
Concernant les conventions internationales sur la protection de l’enfant, elles rendent responsables, selon l’orateur, les Etats de tout ce qui concerne la situation des enfants. La famille doit bien sûr subvenir aux besoins, mais si elle est en rupture sociale, l’Etat doit obligatoirement intervenir. Ces interventions doivent être suffisantes.
L’orateur affirme que la pauvreté est en elle-même une situation de violence permanente à l’égard des enfants. M. Mekki Abdelhak souligne que sur le plan éthique, la FOREM et l’Observatoire des droits de l’enfant ont participé à beaucoup de travaux sur l’enfance. Il relève que 21 administrations s’occupent des problèmes relevant de l’enfance. Entre autres revendications, l’orateur revendique pour le compte des institutions qu’il représente, un code de l’enfance. Il y a une loi en rediscussion qui pourrait se muer en code. L’orateur rappelle que le ministère chargé de la Famille a adapté une stratégie de défense de la femme et de l’enfant.
Pour bien assurer cette défense, la citoyenneté doit jouer un rôle majeur, relève l’orateur pour qui, il y a des lois qui organisent la protection mais qui doivent être appliquées. S’agissant de la scolarité des enfants, il reste encore une bonne partie des enfants qui ne bénéficient pas ou sont privés de scolarité et pourtant, les textes sont clairs. La gendarmerie nationale peut même être requise pour cela.
Une société en mutation
La société algérienne est en train de se muer d’où l’apparition de phénomènes inconnus auparavant en Algérie (rapts d’enfants, rançons, etc.). Ce sont des fléaux que connaissent depuis longtemps certaines sociétés mais qui chez nous, font une apparition qui inquiète déjà. La société civile, les institutions publiques doivent réagir.
Ne pas laisser les enfants aller seuls à l’école, ne pas les laisser en situation d’isolement, leur apprendre les bonnes habitudes, tout cela doit s’ériger en réflexes. Cela fait partie des mutations de l’ère moderne. Les situations anormales doivent être signalées. L’orateur affirme que les institutions qu’il représente se sont parfois constitué parties civiles dans des cas d’agressions contre les enfants.
Les phénomènes ne doivent pas nous dépasser, relève l’orateur. Il nous faut faire front. Intervenant encore, Me Azzi relève que la législation pour lutter contre les infractions existe. Cette législation assure la protection juridique de l’enfant. L’orateur relève dans le code de la famille et dans le code pénal, toutes les dispositions qui assurent la protection de la famille, de la femme et de l’enfant. Le débat a permis aux intervenants de revenir sur certaines parties de leurs interventions qui ont nécessité, aux yeux de l’assistance, des éclaircissements.
La violence
a un cachet urbain
prononcé
A propos des différences régionales en matière de violence, c’est le représentant de la FOREM et de l’Observatoire des droits de l’enfant, M. Mekki Abdelhak, qui relève que la violence a un cachet urbain prononcé. C’est un phénomène qui se rencontre partout dans le monde.
Il y a une question de complexité des situations qui caractérise particulièrement les grands centres urbains, Alger en particulier.
Près de la moitié
des agresseurs
sont sans profession
Concernant les profils d’agresseurs, 49,7% sont sans profession, note M. Mekki, qui considère que celui qui n’a jamais travaillé ne peut être considéré comme chômeur.
Les types de violences, quant à elles, sont physiques sous forme des coups et blessures. Elles peuvent passer bien sûr à un stade plus grave. Quant à la situation de l’enfance dans le monde, on note, relève M. Mekki, qu’en 2006, 240 millions d’enfants étaient utilisés sur des lieux de travail, selon des chiffres du BIT. Ce chiffre a été en baisse en 2007, puisque ramené à 138 millions. Sur une question concernant les comportements nouveaux qui apparaissent au sein de la cellule familiale, il a été répondu que dans la culture traditionnelle qui a été la nôtre, on ne voit jamais le père lever la main sur son épouse en tout cas publiquement.
Complexification
des rapports sociaux
C’est la complexification des rapports sociaux au sein de la cellule familiale qui a bouleversé l’ordre des choses et qui a fait rompre les liens entre époux et enfants, entre enfants et parents.
Le représentant de la FOREM et de l’Observatoire des droits de l’enfant suggère la création d’une médiature institutionnelle qui aurait la capacité en dehors des institutions traditionnelles (police, justice) de faciliter la communication entre époux, notamment quand le couple est en situation de rupture.
La loi algérienne reconnaît le divorce par consentement mutuel, mais si les époux n’arrivent pas à s’entendre, un médiateur peut intervenir pour essayer d’aplanir les difficultés.
Assistance à l’enfance démunie
En termes d’assistance à l’enfance, suite à une question, le représentant de la FOREM souligne qu’à l’égard des enfants et en collaboration avec le Barreau national, il a été décidé de porter assistance aux enfants démunis, les enfants victimes de violence de la part de leurs parents. Il s’agit d’une assistance sur le plan juridique, avec assistance à titre gracieux d’un avocat.
L’assistance doit couvrir le domaine de la communication pour faire connaître leurs droits aux femmes qui sont en situation difficile notamment.
Des agresseurs
de toutes catégories
A propos d’une question concernant la consommation de la drogue chez les délinquants et agresseurs de femmes ou d’enfants, il a été répondu que l’on trouvait toutes les catégories chez les agresseurs, a répondu la commissaire principale, Mme Messaoudène Kheïra. Il y a même des handicapés et les exemples existent cités par l’intervenante, des gens au niveau d’instruction relativement élevé, des gens qui exercent un emploi et parfois même ont un emploi confortable, des universitaires.
Il n’y a plus de repères. On n’est plus dans certaines situations, relève la représentante de la DGSN, de pratique normale de la violence, mais à des pratiques d’une sauvagerie exceptionnelle. Certains pays commencent à se protéger notamment des dérives suscitées en la matière par l’internet.
A propos des situations d’enlèvement et de rapt, il nous faut toujours rester prudents, affirme la commissaire principale, car des situations apparentes d’enlèvement s’avèrent, après enquête, des situations de fuite de domicile familial.
La propagation d’informations parfois incontrôlées peut susciter la panique. Il nous faut faire attention, relève la représentante de la DGSN.
Le mouvement associatif
a des acquis
A propos du rôle du mouvement associatif, M. Mekki note que le mouvement a, à son actif, des réalisations (crèches, assistance aux femmes démunies, travail de sensibilisation). Ce travail est commun à l’ensemble des associations et notamment à l’égard des enfants et femmes victimes de la violence terroriste. Chaque association décide, bien sûr, de ses objectifs, mais elles se rassemblent en faisant un travail de sensibilisation en complémentarité de celui fait par l’Etat. Il n’y a pas de contradictions entre les deux interventions, mais complémentarité.
T. M. A |